Projet artistique :
à propos de l’artiste :
Je m’appelle Stéphanie Lebon, artiste plasticienne réunionnaise. Mon travail s’articule autour de la calligraphie et du lettrage, deux langages visuels que j’explore pour interroger notre identité et notre rapport aux signes.
Pour ce projet réalisé avec la Ville de Trois-Bassins, j’ai souhaité créer une œuvre illustrée grand format inspirée des cartes postales vintage — ces images emblématiques qui, à travers leur lettrage, racontent les paysages et les symboles d’un lieu. L’idée était d’adapter ce concept à notre contexte local, en y apportant une dimension réunionnaise forte, tant par la langue que par les références visuelles.
L’œuvre s’ouvre sur la phrase en créole « Rant azot dann », clin d’œil au fameux « Greetings from », mais transposée dans notre culture et notre manière d’accueillir. Le mot « Trois-Bassins », aux lettres larges et ouvertes, devient un véritable paysage typographique : chaque lettre renferme une illustration inspirée des sites, des couleurs et des ambiances de la commune.
Le travail du lettrage peint à la main, que je défends depuis plusieurs années, s’inscrit ici dans une démarche de valorisation d’un savoir-faire artisanal en voie de disparition, autrefois très présent sur les devantures des « boutik chinois ». En revisitant cette tradition graphique sous un angle contemporain, j’ai voulu offrir à la ville une œuvre à la fois populaire, colorée et rassembleuse, que chacun puisse s’approprier.
Aujourd’hui, cette fresque est devenue un repère visuel et symbolique, un lieu de passage et de rencontre qui reflète l’âme de Trois-Bassins. Pour moi, ce projet concrétise pleinement ce que je cherche à transmettre dans ma pratique : une alliance entre mémoire, identité et création vivante, où le mot devient image et l’image, un espace de lien.
Les Références :
Le mot « Trois-Bassins » se déploie en lettres monumentales et généreuses, pensées comme des espaces à explorer. À l’intérieur de chaque lettre, l’artiste a intégré des illustrations inspirées des paysages et des éléments emblématiques de la commune — une manière de faire voyager le regard tout en ancrant l’œuvre dans le territoire. Ainsi, le mot devient à la fois image et récit, un paysage typographique qui raconte le lieu.
Enfin, une phrase signature vient clore la composition, à la manière d’une véritable carte postale, prolongeant le dialogue entre mémoire, identité et création contemporaine.
1- « Rant azot dann » : clin d’œil au célèbre « Greetings from » des cartes postales anciennes, mais ici réinterprétée à travers une identité locale affirmée. Cette invitation à « entrer » place d’emblée le spectateur dans une dimension d’accueil et de partage propre à la culture réunionnaise.
2- Le Grand Bénare : Du haut de ses 2 898 mètres, le Grand Bénare compte parmi les randonnées les plus spectaculaires des Hauts de l’Ouest de La Réunion. Il offre un panorama saisissant sur tous les joyaux de l’île : les cirques de Mafate et de Cilaos, séparés par le Piton des Neiges et le Gros-Morne, le volcan au loin qui émerge de la brume et la côte à l’horizon…
3- Tamarin des Hauts : Arbre endémique de La Réunion qui s’épanouit entre 1200 et 2200m d’altitude.Il est utilisé en ameublement et ébénisterie.
4- La Grande Ravine vu du ciel : c’est une grande entaille de la planèze de l’Ouest, dont les remparts abritent une richesse faunistique et floristique
5- L’ancien téléphérique illustré à partir d’une image d’archive :Trois-Bassins comptait deux lignes desservant « l’usine du Câble », c’est-à-dire le domaine de la Grande Ravine, sucrerie établie dans le quartier Piveteau. L’une traversait la Grande Ravine
6- L’église Notre-Dame des Sept Douleurs : L’église date du XIXe siècle, avant la création de la commune (par séparation de Saint-Leu en 1897). Elle a subi de nombreuses évolutions liées au passage de plusieurs cyclones dévastateurs.
7- Les vestiges du Chemin de Fer de la Réunion: Trois-Bassins est l’une des communes de l’île où ces vestiges sont les plus nombreux et les mieux conservés : ponts, poudrière… Les travaux du CFR, reliant Saint-Benoît à Saint-Pierre, ont débuté en 1878 et l’activité a cessé en 1976.
8- L’Alambic : Emblème de la culture du géranium par excellence, l’alambic à donné son nom au Pôle Culturel et Sportif de Trois-Bassins, et a inspiré sa devise « Distillons nos savoirs ».
9- Les cascades de la ravine des Trois-Bassins: La ravine constitue la limite physique nord de la commune avec Saint-Paul. Elle s’étend sur près de 17 km des hauteurs de la commune jusqu’à la pointe de Trois-Bassins. La ravine généralement se pare de cascades à la suite des cyclones ou de très fortes pluies.
10- Le viaduc de la route des Tamarins, ravine des Trois-Bassins : Construit entre 2005 et 2009, le tablier mesure 374 m de long. La plus haute pile mesure 48 m.
11- La caverne de La Glacière: Au début du XIXè siècle, une industrie autour de la production, du stockage et du transport de glace, grâce à la mobilisation des esclaves, prend place dans les hauts de la commune, profitant des cavités naturelles de la roche volcanique où l’eau pouvait geler la nuit.
12- Le boeuf Moka : c’est un croisement de plusieurs espèces d’Europe, d’Asie, et d’Afrique introduites à La Réunion au XVIIe et XVIIe siècles. Il servait notamment à la traction des charettes à l’époque des plantations de café, puis de canne. Menacée de disparition, le boeuf Moka à obtenu en 2016 le statut de race locale.
13- Le Littoral : Remarquable, il est l’un des mieux préservé de l’Ouest de l’île : Grâce au développement originel de la commune dans les hauts, le littoral a été préservé de l’urbanisation qu’ont connu les autres communes de l’Ouest.
Médiation culturelle et travail avec les scolaires
Le travail artistique de Stéphanie s’articule également autour de la transmission. Elle a animé de nombreux ateliers de calligraphie et d’écriture auprès de publics très variés : des enfants en centres de vacances, des adultes en médiathèque, des étudiants de l’École d’Arts du Port, des jeunes hommes détenus au centre de Domenjod, ainsi que des personnes âgées en EHPAD.
Dans cette continuité, elle a assuré dix heures de médiation culturelle et d’ateliers créatifs auprès des élèves de Trois Bassins ayant participé au concours d’idées.
Pour la médiation culturelle :
L’objectif du projet était d’accueillir le public à deux moments clés : en amont de la création, puis après l’installation de l’œuvre. Cette démarche a permis de partager la vision et le processus de l’artiste, tout en favorisant une approche participative.
Lors des ateliers proposés, les participants ont pu s’initier à la création typographique en peignant des lettrages sur de petites planches de bois, qu’ils ont ensuite emportées avec eux. Chacun était invité à imaginer un mot ou une phrase évoquant pour lui la ville ou la maison, créant ainsi un lien personnel et poétique avec le projet artistique.
Pour le travail avec les scolaires :
Dans une démarche à la fois artistique et pédagogique, j’ai proposé aux enfants un atelier de création de cartes postales à lettrage illustré. L’activité visait à relier l’imaginaire et l’observation, tout en initiant les participants à une approche sensible du langage visuel et poétique.
Sur le recto, les enfants ont illustré de grandes lettres en y intégrant des paysages ou des motifs inspirés de leur environnement. Au verso, ils ont rédigé une courte poésie évoquant le paysage, avant de pouvoir envoyer leur carte à la personne de leur choix.
Cette expérience leur a permis de comprendre le lien entre texte et image, tout en donnant une dimension concrète et affective à leur création. La carte postale, ainsi réalisée, faisait écho à l’œuvre artistique et prolongeait son esprit de partage et de transmission.


